Erreur ou Bêtise ?

  Les locataires de la Gauche, de LFI aux Républicains en passant par le Centre Progressiste, plaident encore pour l'erreur en ce qui concerne les migrants de toutes sortes qui pullulent désormais en France. « Les pauvres ! Ils viennent ici parce qu'ils n'ont plus rien là-bas ! Leur culture exogène les empêche de s'adapter à la nôtre. L'erreur est Humaine...» Ces Hommes politiques grassement rémunérés s'exercent à la soumission par les mots, afin d'être mieux préparés à la subir en maux. Noble répétition générale avant le grand abaissement qui convient au grand remplacement . Mais la bêtise n’est pas l’erreur. L'erreur est trompeuse; elle tâtonne, elle peut même, dans un sursaut de lucidité tardive, se corriger. La bêtise, elle, ne se trompe jamais : elle affirme, elle persévère, elle s'installe avec la sérénité d'une conviction qui a renoncé à toute confrontation avec le réel. Elle est l'art de transformer la défaite en doctrine, la capitulation en vertu et l'invasion en « enrichissement ». Ce que je démontrerai ci-après, c'est précisément cela : P comme une simple faute de jugement, mais une perversion plus profonde de l'esprit ; une volonté obscure de se défaire, un suicide consenti que l'on pare des plus beaux noms de la morale. Parce qu'il y à des époques où l'intelligence consiste à nommer les choses par leur nom hideux, et la bêtise, à les rebaptiser sans cesse pour ne pas avoir à les regarder en face.

  L'erreur à encore la pudeur de se tromper de bonne foi, elle garde la grâce misérable d'un effort qui a échoué. La bêtise, elle, est triomphante et sans remords. Nous autres, hommes, nous avons toujours eu besoin de nous représenter l'animal comme foncièrement bête, c'est-à-dire comme privé de cette raison dont nous nous targuons avec tant d'emphase et si peu de preuves. Nous lui prêtons des instincts, des ruses, des capacités parfois étonnantes, mais nous veillons à ce qu'il reste, au fond, idiot. Il faut bien que quelqu'un soit plus bas que nous. Pourtant, rien n'est plus équivoque que ce rapport à la raison dont nous faisons notre étendre. L'intelligence humaine est une notion si élastique, si complaisante, qu'elle s'accommode de toutes nos vanités. Et pendant ce temps, l'éthologie, cette science froide et impitoyable, nous révèle chez les bêtes des prodiges de la cognition qui devraient nous faire rougir, si nous en étions encore capables. Car si l'intelligence se mesure, comme le prétendent les biologistes, à la capacité de s'adapter dynamiquement aux exigences du milieu, alors il faut bien admettre une vérité atroce : toutes les espèces qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui sont, par définition, intelligentes. Elles ont tenu. Elles ont tenu contre le néant, contre la faim, contre le froid, contre leurs prédateurs et contre nous. Nous, en revanche, nous survivons moins que nous ne nous survivons, à grand renfort de mensonges, de consolations métaphysiques et de bêtise organisée. L'animal est peut-être bête, mais il l'est avec innocence. Nous, nous sommes bêtes avec conscience, ce qui est la forme la plus achevée, la plus répugnante, de la bêtise. Tout contradictoire que soit l'usage, il traîne toujours, dans le mot « bêtise »» et dans sa triste famille, quelque chose d'un ravagement animal. Nous rabaissons la bête pour nous augmenter et nous la nommons «bête» avec une satisfaction mauvaise; comme dans cette expression ignoble : « bête à manger du foin ». L'ânerie elle-même n'est pas plus charitable : elle traîne dans la boue un équidé placide, obstiné sans doute, mais doué d'une intelligence rustique et patiente que les paysans, moins pressés que nous de mépriser, savent encore reconnaître. Il m'arrive pourtant, dans mon accès de fureur solitaire, de traiter mon ordinateur de bête. Pas con, non : bête. Car il s'entête avec une rigueur obtuse à m'imposer une procédure absurde ou à me retenir dans un cul-de-sac mécanique, alors que la solution, évidente à mes yeux, crève l'écran. À cet instant, je mesure toute la profondeur de l'insulte : je prête à la machine cette même stupidité lourde, inébranlable, que nous attribuons à l'animal. Et je comprends, avec un mélange de dégoût et de lucidité amère, que la bêtise est partout où la chose refuse de pince à notre désir, partout où elle s'oppose à notre volonté une inertie tranquille ; presque innocente. Nous appelons bête tout ce qui nous résiste sans nous comprendre. C'est notre manière la plus ancienne et la plus vile de nous venger de ne pas être Dieu. L'illusion consiste à croire que la bêtise se réduit à une question de langage. Même si elle s'y exprime, les mots ne sont qu'un symptôme parmi d'autres et éviter le vocabulaire des sots ne garantit en rien l'immunité contre l'absurdité. Il existe en réalité trois visages de la sottise : celle, raffinée, des esprits lettrés : le conformisme des idées, et les autres : la censure déguisée, le discours sans fondement. Ses ressorts sont connus : la pensée en série, la paresse de l'esprit, la complaisance qui nomme cette manie de rapatrier toute nouveauté vers le connu, et surtout ce réflexe, cette soumission passive aux dogmes que la culture impose. Je ne vois là aucune bêtise au sens où on l'entend d'ordinaire. Ce qui m'intrigue c'est l'autre, la plus banale : celle qui révèle chez l' Homme une défaillance de l'esprit, passagère ou persistante, innée ou acquise, plus ou moins profonde, et qui, par une métaphore cruelle, le ramène à l'animal. L' Homme, dépouillé de sa raison, «fait la bête» ou «est la bête». Or, l'observation vaut aussi pour un chien ou un chat qu'on accuse d'avoir «fait une bêtise». L'animal, lui, ne peut être bête qu'au figuré : on lui reproche alors d'avoir agi en deçà de ses moyens ou contre l'idée qu'on se fait de son intelligence. Mais la connerie ? Est-ce la même chose ? Peu osent s'y attarder. Il me semble que ces deux univers de sens, bien qu'ils se frôlent, ne se confondent pas. Con, connard, connerie charrient une nuance supplémentaire : une bêtise teintée de culpabilité, gonflée d'une prétention dérisoire, intolérable aux yeux des conventions sociales. Et pourtant, si l'on médite l'aphorisme de Frédéric Dard, le con qu'il dépeint devient soudain le trait d'union inattendu entre ces deux registres. Il faut alors rendre hommage à l'exploit de celui qui, obstinément, s'engage dans une voie absurde dont l'aboutissement n'est autre que l'excellence dans ce qu'elle a de plus désastreux pour qui s'y abandonne. Ce qui révèle, chez lui, une intelligence rare de la bêtise : une intelligence si aiguë qu'elle en fait un con d'exception. Car en fin de compte, il prouve par l'exemple que la bêtise et la connerie peuvent, contre toute attente, s'allier à l'intelligence pour engendrer une forme de virtuosité dont la seule issue, ironiquement, reste l'échec. Si vous aimez les bêtes, ne votez pas à Gauche, pas plus au Centre Progressiste....






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